DANS UN JARDIN QU'ON DIRAIT ETERNEL de Ōmori Tatsushi (2020)
- Maëlle BILLANT
- 29 déc. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 janv.
Dans un jardin qu’on dirait éternel, réalisé par Ōmori Tatsushi et sorti en 2020, installe d’emblée une expérience rare : celle d’un film qui ne raconte pas seulement un apprentissage, mais une manière de se tenir au monde. Dans une maison traditionnelle de Yokohama, Noriko et Michiko, deux jeunes femmes fraîchement diplômées, découvrent l’art ancestral de la cérémonie du thé. Très vite, ce cadre intimiste devient un laboratoire du temps long, de la précision, et d’une attention aux choses qui transforme la perception même du quotidien.
La mise en scène s’attache aux gestes. La délicatesse, la répétition, l’exactitude d’une chorégraphie silencieuse finissent par imposer leur rythme. Ici, apprendre ne signifie pas accumuler des règles, mais laisser la forme façonner l’intérieur. Le film le formule avec une limpidité frappante : « la forme est un contenant dans lequel on peut ensuite mettre son âme ». Derrière l’apparente mécanique d’une gestuelle répétée se cache une intention, une présence, et la possibilité d’une expression intime. Ce qui pourrait décourager devient peu à peu une source de stabilité, parfois même une voie vers une forme de bonheur.
Noriko, d’abord réticente et dubitative, se laisse progressivement traverser par cette philosophie. Madame Takeda, sa maîtresse de thé, ne lui demande pas de comprendre vite ni de réussir immédiatement. Elle lui propose autre chose : « N’apprends pas, imprègne-toi. » Toute l’orientation du film se joue là. Il ne s’agit pas seulement de maîtriser une technique, mais d’accepter d’être transformée par elle, de faire confiance au geste, aux mains, à l’intuition, et au temps nécessaire pour que quelque chose prenne racine.
Dans un jardin qu’on dirait éternel est aussi une ode à la lenteur, sans nostalgie ni pose. Le film ouvre une porte vers un espace mental où l’on consent à ralentir, à savourer chaque intention, et à retrouver une gratitude simple. Noriko croise en chemin un proverbe qui agit comme une boussole : « chaque jour est un bon jour ». La phrase dit l’essentiel, sans naïveté. Chaque moment a sa valeur, sa beauté, et mérite d’être habité pleinement, même lorsqu’il n’a rien d’exceptionnel.
Le travail sonore amplifie cette sensation de suspension. La pluie, l’eau qui s’écoule, le frémissement du thé qui infuse composent une matière sensible qui enveloppe le récit et le rend presque tactile. Ces sons deviennent des métaphores, des rappels discrets de la saison, du cycle, de l’adaptation, et d’une transformation intérieure qui ne se décrète pas mais se cultive.
Au-delà de la contemplation, le film assume l’exigence. Il parle d’apprentissage, de persévérance, d’humilité. Tracer son chemin, c’est accepter les détours, les chutes, les moments d’incompréhension, et continuer malgré tout. Madame Takeda le résume d’une sentence simple et dure à la fois : « pour gagner, il faut parfois tomber ». Dans cet enseignement, la cérémonie du thé cesse d’être un rituel figé : elle devient un mouvement, une quête de soi, et une manière d’honorer ces instants où le temps semble s’arrêter.
Redécouvrir Dans un jardin qu’on dirait éternel, c’est accepter d’être déplacé doucement. Par la beauté des images, la douceur des sons et la profondeur des enseignements, le film invite à regarder autrement, à s’ancrer dans l’instant présent, et à reconnaître, peut-être, que chaque jour peut effectivement être un bon jour.