LE CHEVAL DE TURIN, Béla Tarr (2011). Un monde qui s’achève, longuement, en une atmosphère crépusculaire ?
- Jean-Marie Sanjorge
- 10 janv.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 janv.
Ce cinéaste hongrois au style inhabituel vient de disparaître en ce début d’année. C’est l’occasion pour nous de l’évoquer…
Méditation cinématographique, esthétique et austère, sur la densité du réel et la simplicité des choses. L'Etre est un mystère inquiétant... Difficile mais passionnant dès lors que l’on veut s’y pencher. Un visage du cinéma, aux côtés d’autres évidemment : nous aimons aussi le rire et la légèreté car il y a un temps pour tout…
A noter : les "suppléments" du dvd que j'ai utilisés ici (éd Blaq out 2012) comportent une longue interview de l'auteur, intitulée "Leçon de cinéma avec Béla Tarr" et filmée à l'occasion de la rétrospective "Béla Tarr l'alchimiste" au Centre Pompidou à Paris en décembre 2011. Malheureusement, Tarr, qui se veut délibérément "non-intellectuel" (ce qui peut paraître paradoxal quand on connaît ses films) ne parle pas du contenu de ses oeuvres principales mais se contente d’évoquer très concrètement sa conception du cinéma, sa critique des écoles de formation, sa vision des scénarios (ou de l'absence de scénarios) etc.
"Film d'un grand formaliste, pétrissant avec une exigence absolue une matière austère et sublime, lourde en chacun de ses plans du poids de la condition humaine - plans longs coulés dans le temps réel des gestes et des activités quotidiennes, paysages désolés où se déploient les dernières forces d'une humanité promise au néant, richesse extrême du noir et blanc et de la composition..." (Jérôme Momcilovic, dans « Etudes, revue de culture contemporaine »)
"Pourquoi le monde met-il tant de temps à disparaître ? Des jours et des jours, qui sont comme des années, des vies entières. Béla Tarr filme longuement, très lentement (2h30), cette fin des temps qui n'en finit pas de venir, jusqu'au moment où nous ne savons plus faire de différence entre le temps mourant et le temps qui continue son étirement." (Jérôme de Gramont, dans la revue « Nunc » - N° 29 - Dossier Béla Tarr)
Une horde indéfinie surgit qui, dans cette atmosphère, pourrait évoquer l’arrivée des Barbares ? Plus prosaïquement, ce n'est qu’une carriole transportant une famille au comportement envahissant, prête à prendre possession du lieu et des biens, contre laquelle le père et la fille doivent se dresser. Une nuance : parmi ces gens, l'un d'eux se proposer de payer ce qu'ils ont pris...
Le titre fait allusion à la dernière phase consciente de la vie de Nietzsche, intervenant à Turin pour protéger un cheval battu, et s’effondrant dans la folie…