PIERRROT LE FOU de Jean-Luc Godard (1965) : une sorte de pleine liberté, absurde mais vivante !
- Jean-Marie Sanjorge
- 2 janv.
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Dernière mise à jour : 19 janv.
Cet homme et cette femme pouvaient-ils s'entendre ?
- Elle :"Avec cet argent, on aurait pu aller à Chicago, Las Vegas, Monaco..."
- Lui :"Moi, ç'aurait été Florence, Venise, Athènes..."
On lit à haute voix "Les pieds-nickelés“ aussi bien que ”L'histoire de l'art" d'Elie Faure ou "Guignol's band" de Céline... On pratique la violence et l'individualisme absolu...
On s'exclame : => "La vie est peut-être triste mais elle est toujours belle !"
=> "Qu'est-ce qu'on fera ? Rien, on existera !"
Anarchisme de droite ?
En fait,il faut savoir que, plutôt qu'un “courant” intellectuel constitué, "l'Anarchisme de droite" est un style ! Une sensibilité qui conjugue le refus absolu de l'autorité, le goût passionné de la liberté individuelle (jusqu'à l'individualisme), le mépris du matérialisme bourgeois et de l'économie, le culte de la révolte et de l'esprit critique contre tous les conformismes, le rejet de la “morale du troupeau”... Ce que l'on peut, me semble-t-il, retrouver dans le “climat” du film (cela dit, j'avais mis ci-dessus un point d'interrogation à ma remarque).
C'est bien sûr très différent de l'anarchisme classique : en effet, on trouvera chez les “anarcho-droitiers” le refus strict de l'égalitarisme (attitude pouvant aller jusqu'à un aristocratisme solitaire désabusé tel Ferdinand se drapant dans ses livres et sa poésie), l'exaltation élitiste de la beauté (voir mon premier commentaire ci-dessus sur les rêves de voyages du héros) et l'acceptation -voire la pratique décomplexée- de la violence comme dans ce film.
A titre d'exemples, faut-il essayer de caser dans cette "catégorie" toute une série de râleurs “inclassables” ? C'est par définition difficile voire impossible : en vrac et sans garantie, Georges Darien, Léon Bloy, Georges Bernanos, Paul Léautaud, Louis-Ferdinand Céline, Jean Anouilh, Jacques Laurent, Roger Nimier et pourquoi pas... le marquis de Sade (je plaisante un peu) ! Sans oublier mon cher dialoguiste Michel Audiard.
Film où coule du sang et se disent de beaux textes !
Henry de Monfreid :
"Qui prétend vivre par lui-même et refuse la protection de la bergerie pour affronter seul la lutte de la vie, celui-là est suspect, et moins il demandera à la collectivité, plus celle-ci lui sera hostile, car elle exerce sa tyrannie dans la mesure où l'individu s'appuie sur elle."