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  • CHIEN 51 de Cédric Gimenez (2025). Quand la ville se fragmente... jusqu'à l'explosion !

    Quand les frontières s'effacent à l'échelle du continent européen, elles se reconstituent, plus dures, à l'intérieur même du pays, et particulièrement au sein des grandes villes... Trois zones partagent le Paris de 2045 : l'Île de la Cité (pour "l'élite"), la ville elle-même (pour les "classes moyennes", puis l'au-delà du Périphérique (pour les "déracinés" et le nouveau "prolétariat"). Ces secteurs, ultra-hiérarchisés socialement, séparés matériellement par des points de contrôle hermétiques, sont contrôlés électroniquement dans un cadre hyper-technologique où règne (bien sûr !) l'Intelligence artificielle... "C51", c'est le matricule, dans la police, du principal personnage masculin. Comme il se fait par ailleurs traiter de "chien", vous comprenez le titre ! Une oeuvre puissante, au rythme "à l'américaine", très (trop ?) rapide, où gronde, aux marges, la révolte des hommes libres ! #JeanMarieSanjorge

  • Le lien à la terre qui transforme : UNE GRANDE ANNÉE de Ridley Scott 2006

    Sous ses airs de comédie dramatique élégante, Une grande année (2006), réalisé par Ridley Scott, raconte une métamorphose. Celle de Max, banquier d’affaires londonien et trader en pleine ascension, brillant mais desséché par une vie réglée sur l’utile, le chiffre et l’image. Quand un scandale le fragilise et que la mort de son oncle Henri l’oblige à revenir en Provence pour régler une succession, il remet les pieds dans un domaine viticole où il passait autrefois tous ses étés. Ce retour n’a rien d’un simple détour administratif. Il rouvre une mémoire, et avec elle une question brutale : qu’a-t-il fait de l’enfant qu’il était, et de l’homme qu’il devait devenir ? Max arrive avec un projet clair, vendre le château de la Siroque au meilleur prix, faire de la plus-value, tourner la page. Il parle la langue du “combien”. Or le lieu lui oppose une autre grammaire, celle du temps long, des saisons, des vendanges, des gestes répétés. Au château, les souvenirs remontent par vagues, comme une résurgence insistante du passé. Ce passé, son oncle Henri l’incarnait : un homme qui lui avait appris à regarder, à sentir, à comprendre autrement. Au fil du récit, la perspective se déplace. Vendre le domaine devient un acte lourd de sens : trahir un héritage, peut-être, mais surtout se trahir soi-même. Le film structure cette opposition par ses personnages. D’un côté, Max, mondain, pressé, persuadé que tout se règle par un chèque, au point d’admettre “je suis banquier et je n’ai pas d’imagination” ou encore “je suis trop impatient pour aimer le vin”. De l’autre, Duflot, vigneron du domaine, enraciné jusqu’à l’os, artisan amoureux d’une terre qu’il ne “possède” pas mais qu’il sert. Son rapport au vignoble est viscéral, presque douloureux : “vous voulez m’arracher à mes vignes, je vis en elles, je respire en elles, elles déchirent mes mains”. Et lorsqu’il lance à Max “savez-vous ce que c’est qu’aimer une chose plus que sa propre vie ?”, le film nomme l’enjeu réel, bien au-delà d’une vente immobilière : la dévotion, la fidélité, et ce qu’on accepte de sacrifier pour tenir debout. Dans Une grande année, le vin n’est pas un décor, c’est un symbole. Henri, l’oncle, l’exprime comme une loi intime : “j’aime faire du vin car c’est un nectar sublime et qui est simplement incapable de mentir”, et “le vin toujours viendra murmurer dans ta bouche avec une totale et franche honnêteté”. Cette idée traverse tout le récit. Revenir à la terre, c’est revenir à une vérité qui ne se négocie pas. Le film suggère même une forme de programme existentiel : “embouteiller la vérité”. Autrement dit, donner une forme durable à ce qui est authentique, et cesser de vivre dans le faux, le superficiel, le provisoire. Le retour en Provence impose aussi une autre mesure du temps. Ici, les années se comptent en vendanges, pas en trimestres financiers. Le terroir devient une force qui travaille Max de l’intérieur. Une chute providentielle dans la piscine le retient quelques jours de plus, comme une pause involontaire mais salutaire. Ce temps supplémentaire fait basculer le récit : à force de rester, Max commence à écouter. Il découvre la langue du lieu, ses légendes, son rythme, et surtout une autre manière d’évaluer la réussite. Quand il restaure le domaine pour mieux le vendre, il se restaure lui-même, ranimant une part de son identité laissée dans ce château : sa part d’enfant, ses rêves, et une capacité d’émotion qu’il croyait inutile. La trajectoire s’épaissit encore avec l’apparition d’un secret de famille, une fille illégitime d’Henri venue “connaître celui qui l’a faite”. Elle a grandi sans père, comme Max a grandi sans ses parents. Le film glisse alors vers une interrogation plus vaste : qu’est-ce que la famille, sinon un besoin d’origine, de racine, de récit commun ? Max comprend que l’héritage ne se résume ni aux hectares ni aux murs, mais à une transmission, parfois incomplète, parfois perdue, comme lorsque Duflot lui reproche d’avoir laissé s’éteindre ce qu’Henri lui avait donné, “comme si ce qu’il vous avait enseigné s’était perdu dans le néant”. Dans cette Provence lumineuse, une autre rencontre agit comme un déclencheur : Fanny, provençale, dont la présence ramène Max à une évidence simple, presque brutale. Quand il affirme “ce pays ne convient pas à mon mode de vie”, elle répond “non, c’est ton mode de vie qui ne convient pas à ce pays”. La formule n’attaque pas un lieu, elle attaque une manière de vivre. C’est précisément ce que Max doit déconstruire. Il passe de la question “combien” à la question “pourquoi”. Il découvre que gagner n’est pas seulement l’obsession du résultat, comme lorsqu’il proclame “la victoire n’est pas tout mais seule la victoire est réelle”, mais un déplacement intérieur, une reconquête de sens, une capacité à aimer et à durer. Une grande année parle, au fond, de la transformation d’un homme qui se croyait accompli. Il redécouvre la senteur d’une identité oubliée, la force des souvenirs, la beauté d’un territoire, et la densité d’un attachement qui dépasse l’ego. Le film pose une question simple et décisive : qu’est-ce que la vraie richesse ? Et il répond sans discours, par la matière même du terroir, par la patience des gestes, par l’humilité devant ce qui nous dépasse. “A un terroir, il faut de l’âme et de la sérénité”, disait Henri. C’est peut-être ce que Max apprend enfin, quand il accepte que son esprit et son corps puissent être “vaincus par le terroir”, non comme une défaite, mais comme un retour à la vie. #MaelleBillant

  • LA BÊTE HUMAINE un monument de la littérature française, signé Emile Zola.

    Cette œuvre donna naissance à un autre monument.. du cinéma celui-ci. La réalisation est signée Jean Renoir, le digne fils d’Auguste, le célèbre peintre. Le miracle du cinéma peut se produire parfois.. c’est indéniablement le cas pour ce film. Renoir s’entourant des meilleurs. Jean Gabin, l’interprète principal, lui aussi un monument, « Le » Jean Gabin d’avant-guerre, le héros, le séducteur. Mais ici un séducteur et surtout un amoureux déchu, maudit. Maudit par son hérédité, le privant cruellement d’une vie sentimentale harmonieuse. Son sang gaté , pourri par ses ancêtres alcooliques.. lui provoquant d’effroyables crises de violence voire de démence. Une démence destructrice. Un esthétisme noir et blanc sublimé d’une musique de Joseph Kosma. En un mot, un classique avec un grand « C » #SylvainBinetti

  • PIERRROT LE FOU de Jean-Luc Godard (1965) : une sorte de pleine liberté, absurde mais vivante !

    Cet homme et cette femme pouvaient-ils s'entendre ? - Elle :"Avec cet argent, on aurait pu aller à Chicago, Las Vegas, Monaco..." - Lui :"Moi, ç'aurait été Florence, Venise, Athènes..." On lit à haute voix "Les pieds-nickelés“ aussi bien que ”L'histoire de l'art" d'Elie Faure ou "Guignol's band" de Céline... On pratique la violence et l'individualisme absolu... On s'exclame : => "La vie est peut-être triste mais elle est toujours belle !" => "Qu'est-ce qu'on fera ? Rien, on existera !" Anarchisme de droite ? En fait,il faut savoir que, plutôt qu'un “courant” intellectuel constitué, "l'Anarchisme de droite" est un style ! Une sensibilité qui conjugue le refus absolu de l'autorité, le goût passionné de la liberté individuelle (jusqu'à l'individualisme), le mépris du matérialisme bourgeois et de l'économie, le culte de la révolte et de l'esprit critique contre tous les conformismes, le rejet de la “morale du troupeau”... Ce que l'on peut, me semble-t-il, retrouver dans le “climat” du film (cela dit, j'avais mis ci-dessus un point d'interrogation à ma remarque). C'est bien sûr très différent de l'anarchisme classique : en effet, on trouvera chez les “anarcho-droitiers” le refus strict de l'égalitarisme (attitude pouvant aller jusqu'à un aristocratisme solitaire désabusé tel Ferdinand se drapant dans ses livres et sa poésie), l'exaltation élitiste de la beauté (voir mon premier commentaire ci-dessus sur les rêves de voyages du héros) et l'acceptation -voire la pratique décomplexée- de la violence comme dans ce film. A titre d'exemples, faut-il essayer de caser dans cette "catégorie" toute une série de râleurs “inclassables” ? C'est par définition difficile voire impossible : en vrac et sans garantie, Georges Darien, Léon Bloy, Georges Bernanos, Paul Léautaud, Louis-Ferdinand Céline, Jean Anouilh, Jacques Laurent, Roger Nimier et pourquoi pas... le marquis de Sade (je plaisante un peu) ! Sans oublier mon cher dialoguiste Michel Audiard. Film où coule du sang et se disent de beaux textes ! Henry de Monfreid : "Qui prétend vivre par lui-même et refuse la protection de la bergerie pour affronter seul la lutte de la vie, celui-là est suspect, et moins il demandera à la collectivité, plus celle-ci lui sera hostile, car elle exerce sa tyrannie dans la mesure où l'individu s'appuie sur elle." #JeanMarieSanjorge

  • UNE ENFANCE ALLEMANDE, ÎLE D’AMRUM 1945. Fatih Akin (2025). La tragédie du quotidien sur fond de catastrophe allemande.

    La difficile quête d’un jeune garçon pour apporter à sa mère, qui vient d’accoucher à nouveau, le pain blanc, le beurre et le miel dont elle rêve. Les obstacles à surmonter en une période d’extrême pénurie… Tensions de tous côtés sur cette île isolée en mer du Nord. Survie et dignité. Belle allure de cet enfant.  Mélancolie infinie de l’image finale où, devenu vieux, il regarde le soleil qui se couche… Une scène invraisemblable : des Allemands de l’île en train de danser le jour de la capitulation. Or, à l’époque, même des opposants au régime ne pouvaient se réjouir de la situation tant étaient grandes les souffrances de l’ensemble de la population face à la virulence des vainqueurs, aux millions de morts, aux privations, aux destructions des villes par les bombardements. Demeure la beauté austère des paysages de cette île isolée en mer du Nord. La nature et les animaux, splendides, indifférents aux souffrances humaines :  les oiseaux prennent leur envol sur un fond de nuages… #JeanMarieSanjorge

  • LE CHEVAL DE TURIN, Béla Tarr (2011). Un monde qui s’achève, longuement, en une atmosphère crépusculaire ?

    Ce cinéaste hongrois au style inhabituel vient de disparaître en ce début d’année. C’est l’occasion pour nous de l’évoquer… Méditation cinématographique, esthétique et austère, sur la densité du réel et la simplicité des choses. L'Etre est un mystère inquiétant... Difficile mais passionnant dès lors que l’on veut s’y pencher. Un visage du cinéma, aux côtés d’autres évidemment : nous aimons aussi le rire et la légèreté car il y a un temps pour tout… A noter : les "suppléments" du dvd que j'ai utilisés ici (éd Blaq out 2012) comportent une longue interview de l'auteur, intitulée "Leçon de cinéma avec Béla Tarr" et filmée à l'occasion de la rétrospective "Béla Tarr l'alchimiste" au Centre Pompidou à Paris en décembre 2011. Malheureusement, Tarr, qui se veut délibérément "non-intellectuel" (ce qui peut paraître paradoxal quand on connaît ses films) ne parle pas du contenu de ses oeuvres principales mais se contente d’évoquer très concrètement sa conception du cinéma, sa critique des écoles de formation, sa vision des scénarios (ou de l'absence de scénarios) etc. "Film d'un grand formaliste, pétrissant avec une exigence absolue une matière austère et sublime, lourde en chacun de ses plans du poids de la condition humaine - plans longs coulés dans le temps réel des gestes et des activités quotidiennes, paysages désolés où se déploient les dernières forces d'une humanité promise au néant, richesse extrême du noir et blanc et de la composition..." (Jérôme Momcilovic, dans « Etudes, revue de culture contemporaine ») "Pourquoi le monde met-il tant de temps à disparaître ? Des jours et des jours, qui sont comme des années, des vies entières. Béla Tarr filme longuement, très lentement (2h30), cette fin des temps qui n'en finit pas de venir, jusqu'au moment où nous ne savons plus faire de différence entre le temps mourant et le temps qui continue son étirement." (Jérôme de Gramont, dans la revue « Nunc » - N° 29 - Dossier Béla Tarr) Une horde indéfinie surgit qui, dans cette atmosphère, pourrait évoquer l’arrivée des Barbares ? Plus prosaïquement, ce n'est qu’une carriole transportant une famille au comportement envahissant, prête à prendre possession du lieu et des biens, contre laquelle le père et la fille doivent se dresser. Une nuance : parmi ces gens, l'un d'eux se proposer de payer ce qu'ils ont pris... Le titre fait allusion à la dernière phase consciente de la vie de Nietzsche, intervenant à Turin pour protéger un cheval battu, et s’effondrant dans la folie… #JeanMarieSanjorge

  • NOUVELLE VAGUE de Richard Linklater (2025). Comment recréer efficacement ce que fut le tournage agité d'un "classique" du cinéma...

    Tourné en un noir et blanc plus vrai que nature ! Richard Linklater fait revivre pour nous la personnalité du grand Jean-Luc Godard, en train de tourner le célèbre A BOUT DE SOUFFLE en 1960 : le réalisateur, entré dans la légende, apparaît comme fantasque, intraitable (même à l'égard du redouté producteur), capable de briser les habitudes pour créer un esprit nouveau, sans pour autant tomber dans la provocation inutile à laquelle certains créateurs contemporains nous ont hélas habitués. " Continuons notre quête de l'instantané et de l'inattendu comme nous seuls savons le faire" est-il dit ici. Quant au principe d'un tel film, Richard Linklater, dans un commentaire écrit, évoque Huit et demi de Fellini, mais cette oeuvre là, si je ne me trompe (ne l'ayant pas vue), évoque seulement la psychologie d'un réalisateur sans décrire précisément un tournage. Ce serait probablement plutôt La nuit américaine de Truffaut (voir mon récent compte-rendu) dont il parle également, qui correspondrait davantage à l'idée même d'un film décrivant... la naissance d'un autre film... Et La nuit américaine se passe à Nice au célèbre studio de la Victorine, ce qui a son charme en soi tout particulièrement à mes yeux... Tout cela nous paraît bien sûr l'occasion de voir ou de revoir le "vrai" A bout de souffle , l'une des références de la fameuse Nouvelle vague ! Sans oublier Le petit soldat (1960) sur lequel je reviendrai, Le mépris (1963), ou Pierrot le fou (1965) dont je parlais récemment. #JeanMarieSanjorge

  • C’est un roman de Patricia Highsmith, « Le talentueux Monsieur Ripley » qui inspira le réalisateur René Clement

    Ce thriller psychologique voire machiavélique donna une œuvre que l’on peut considérer comme un cas d’école en matière cinématographique, « Plein Soleil ». Trois protagonistes, chacun doté d’une beauté fulgurante, voire surnaturelle. Alain Delon, Marie Laforêt et Maurice Ronet. Chaque plan, chaque couleur si bien étalonnée, chaque détail, tout est simplement étudié au millimètre près. Même des images subliminales et très symboliques peuvent se faire ressentir. Dans un seul but, créer l’athmosphere. Une atmosphère tendue, voire glauque, dans un décor paradisiaque… l’Italie d’été des années 60.. Tout est sublimé, rythmé, amplifié niveau beauté revisitée. Ce cadre doré servant pourtant de décor au crime d’un homme, envieux, jaloux, humilié. La magie de ce film est peut être due à une personne, car la distribution initiale fut celle ci. Maurice Ronet criminel et Alain Delon victime. La femme de René Clement, assistant à une réunion de préparation, désarma son mari en clamant: « C’est le petit Delon qui doit jouer Tom Ripley » La carrière de ce dernier fut lancée, et le film devint un véritable et planétaire succès. #SylvainBinetti

  • HER de Spike Jonze (2013) : Le film de l’Intelligence artificielle...

    L'amour abstrait d'un homme pour la voix d'une femme irréelle : quand le froid royaume du SIMULACRE avoisine la réalité avant de s'évanouir.  La vérité de ce film n'est pas, bien sûr, d'être une "simple" histoire d'amour adaptée aux fantasmes technologiques de notre temps  :  il conduit à une méditation sur la déréalisation du monde, sur les perspectives de l'Intelligence artificielle (rêve ou cauchemar ?). La voix numérique : "J'ai pensé qu'on n'avait pas de photos de nous, ce morceau de musique pourrait les remplacer..." Emouvant (et effrayant) car c'est elle qui l'a composé... "S'affranchir de la matière" dit-elle à un moment... Un monde de la DESINCARNATION, comme jamais dans l'histoire du monde ! Tout naturellement, le reste de l'environnement du personnage principal relève également de la fausseté (son métier) ou de l'irréalité (ses distraction chez lui). J’avais eu l'occasion de voir un reportage sur la Chine aux actualités TV, où était montrée une application sur téléphone permettant à chacun d'intégrer l'image d'un (ou d'une) partenaire, avec diverses caractéristiques à choisir, débouchant sur des échanges à teneur "affective", avec voix adaptées etc... Je me croyais devant "Her" ! Une jeune Chinoise déclarait qu'elle avait elle-même été effrayée de constater qu'elle commençait à "s'attacher" à son "ami" et, prudemment, s'était débarrassée de l'application. Intéressant, n'est-ce pas ? Ce type de film confirme que l'une des dimensions du cinéma est de refléter artistiquement des réalités sociales importantes, que cela soit fait spontanément sans réflexion particulière, en accompagnant délibérément telle ou telle évolution ou au contraire en y jetant un regard critique.Je me souviens que "Ready player one" avait nourri aussi de nombreux commentaires ! J’aurai à revenir sur cet autre film… Deuxième remarque, qui pose peut-être la seule et vraie question. Qu'il nous plaise ou non, ce déferlement de l'intelligence artificielle est-il : => incontournable et annonçant un futur inévitable hyper-technique dans lequel tout ce qui deviendra possible techniquement sera réalisé. => évitable de manière organisée et "douce" par une régulation quelconque (mais qui l’organiserait ?). => évitable, mais cette fois du fait d'une catastrophe économique et sociale (très douloureuse en tous domaines) qui briserait les sociétés de hautes technologies au profit de nouvelles organisations rustiques sans moyens pour de telles recherches (un certain nombre de films ont tenté de décrire un "monde d'après"). Je ne crois pas à l'hypothèse 2 (une maîtrise en douceur) et suis incapable de prévoir entre les deux autres qui toutes deux, à leur manière, m'effraient... #JeanMarieSanjorge

  • DANS UN JARDIN QU'ON DIRAIT ETERNEL de Ōmori Tatsushi (2020)

    Dans un jardin qu’on dirait éternel , réalisé par Ōmori Tatsushi et sorti en 2020, installe d’emblée une expérience rare : celle d’un film qui ne raconte pas seulement un apprentissage, mais une manière de se tenir au monde. Dans une maison traditionnelle de Yokohama, Noriko et Michiko, deux jeunes femmes fraîchement diplômées, découvrent l’art ancestral de la cérémonie du thé. Très vite, ce cadre intimiste devient un laboratoire du temps long, de la précision, et d’une attention aux choses qui transforme la perception même du quotidien. La mise en scène s’attache aux gestes. La délicatesse, la répétition, l’exactitude d’une chorégraphie silencieuse finissent par imposer leur rythme. Ici, apprendre ne signifie pas accumuler des règles, mais laisser la forme façonner l’intérieur. Le film le formule avec une limpidité frappante : « la forme est un contenant dans lequel on peut ensuite mettre son âme ». Derrière l’apparente mécanique d’une gestuelle répétée se cache une intention, une présence, et la possibilité d’une expression intime. Ce qui pourrait décourager devient peu à peu une source de stabilité, parfois même une voie vers une forme de bonheur. Noriko, d’abord réticente et dubitative, se laisse progressivement traverser par cette philosophie. Madame Takeda, sa maîtresse de thé, ne lui demande pas de comprendre vite ni de réussir immédiatement. Elle lui propose autre chose : « N’apprends pas, imprègne-toi. » Toute l’orientation du film se joue là. Il ne s’agit pas seulement de maîtriser une technique, mais d’accepter d’être transformée par elle, de faire confiance au geste, aux mains, à l’intuition, et au temps nécessaire pour que quelque chose prenne racine. Dans un jardin qu’on dirait éternel est aussi une ode à la lenteur, sans nostalgie ni pose. Le film ouvre une porte vers un espace mental où l’on consent à ralentir, à savourer chaque intention, et à retrouver une gratitude simple. Noriko croise en chemin un proverbe qui agit comme une boussole : « chaque jour est un bon jour ». La phrase dit l’essentiel, sans naïveté. Chaque moment a sa valeur, sa beauté, et mérite d’être habité pleinement, même lorsqu’il n’a rien d’exceptionnel. Le travail sonore amplifie cette sensation de suspension. La pluie, l’eau qui s’écoule, le frémissement du thé qui infuse composent une matière sensible qui enveloppe le récit et le rend presque tactile. Ces sons deviennent des métaphores, des rappels discrets de la saison, du cycle, de l’adaptation, et d’une transformation intérieure qui ne se décrète pas mais se cultive. Au-delà de la contemplation, le film assume l’exigence. Il parle d’apprentissage, de persévérance, d’humilité. Tracer son chemin, c’est accepter les détours, les chutes, les moments d’incompréhension, et continuer malgré tout. Madame Takeda le résume d’une sentence simple et dure à la fois : « pour gagner, il faut parfois tomber ». Dans cet enseignement, la cérémonie du thé cesse d’être un rituel figé : elle devient un mouvement, une quête de soi, et une manière d’honorer ces instants où le temps semble s’arrêter. Redécouvrir Dans un jardin qu’on dirait éternel, c’est accepter d’être déplacé doucement. Par la beauté des images, la douceur des sons et la profondeur des enseignements, le film invite à regarder autrement, à s’ancrer dans l’instant présent, et à reconnaître, peut-être, que chaque jour peut effectivement être un bon jour. #MaelleBillant

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